Ambiance #1 – 新幹線 [Shinkansen]

Samedi 4 février 2012

Départ de Fukuyama, préfecture d’Hiroshima, à 6h51
Arrivée à Sapporo, préfecture d’Hokkaido, à 20h49
1 176 km à vol d’oiseau, plus de 1 800 par voies ferrées.

Habillée de mon manteau de ski, la température à Fukuyama me paraît presque douce malgré un thermomètre tournant aux alentours de zéro. Il est 6h40. Nous attendons sur le quai notre Shinkansen¹ qui doit nous amener jusqu’à Tokyo. Vingt minutes de changement pour nous orienter dans l’immense gare et trouver notre correspondance : un autre Shinkansen direction plein nord. A Shin-Aomori, le réseau de train à grande vitesse s’arrête et nous nous rabattrons sur le réseau local en empruntant un train qui répond au doux nom de « Limited Express Super Hakucho ». Cette nouvelle monture nous fera traverser le détroit de Tsugaru² par le tunnel de Seikan.
Une fois sur l’île d’Hokkaido, nous aurons besoin de trois nouvelles heures de patience et d’un train régional s’arrêtant à toutes les stations, avant de pouvoir fouler le sol de Sapporo.

Dans le Shinkansen, le calme règne. Peu de discussions à haute voix ou d’éclats de rire, seul le gazouillis de quelques enfants présents perturbe le silence ferroviaire. Vers midi, ce sont les bruits des bento³ que l’on déballe qui remplissent l’air du wagon. L’ouverture délicate du plastique l’entourant ressemble aux crépitements d’un feu de bois, et la séparation des baguettes en bois jetable me rappelle les pétards enfantins du 14 juillet.
Le voyage est rythmé par le passage des hôtesses de train poussant leur chariot composé de snacks, de confiseries et de boissons, et où s’invitent parfois des o-miyage 4 pour les voyageurs pressés ou tête en l’air.

L’excitation a transformé brièvement l’ambiance studieuse du wagon lorsque le mont Fuji a surgit aux côtés de notre Shinkansen, une heure avant d’arriver à Tokyo. L’air s’est empli de ‘ooooh’ admiratifs et de bruit du déclencheur des appareils photo sur les portables. Au Japon, même si le mode silencieux est obligatoire lorsque l’on monte dans un transport en commun (il est considéré comme très impoli d’imposer une conversation personnelle aux autres usagers), l’utilisation du téléphone portable pour photographier crée automatiquement un bruit assez fort et ce dans le but d’éviter les 痴漢5 [ちかん – chikan] et autres pervers.

Les paysages défilent.
Parfois, la campagne urbaine se laisse ensevelir sous la neige, et l’on a du mal à différencier les toits des bâtiments des champs de riz endormis.
Tout au long du trajet, le climat évolue, le paysage se transforme et la ville japonaise telle que nous la connaissons change doucement, par petites touches.
Vue d’en haut, elle ressemble à une fourmilière et notre âme de sociologue se réveille. La curiosité nous pousse à nous lancer dans les plus folles hypothèses pour répondre à nos interrogations aléatoires.

Le rythme du train me berce. Le silence me repose et me laisse le loisir d’apposer une BO sur mes impressions sans avoir à forcer le volume dans mes oreilles. Seize heures à tromper l’ennui, seize heures de voyage à découvrir par la fenêtre ce que je rêve de toucher, de goûter, de vivre et de ressentir.

Les paysages défilent.
« Comme on se prend à imaginer que ce n’est pas le train qui bouge mais le paysage par la fenêtre. »6.

_ _ _
(1) Train à grande vitesse japonais
(2) Portion de mer, reliant l’océan pacifique et la mer du Japon
(3) Boite contenant le déjeuner, parfois fait maison, souvent acheté (disponible un peu partout)
(4) Littéralement “produit de la terre” : ce sont des présents, souvent des spécialités culinaires sucrées, que l’on ramène à ces collègues, famille et amis après un voyage.
(5) Les Chikan sont des hommes qui profitent de la proximité créée par les transports en commun souvent bondés pour laisser leurs mains se baladaient. Certains pervers en profitent aussi pour prendre des photos sous les jupes des femmes.
(6) Ito NAGA. Iro mo ka mo, la couleur et le parfum, collection Grands Fonds, Cheyne Editeur, 2010.

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