France représente !

Bientôt deux semaines que j’ai débarqué – dans tous les sens du terme – dans la ville de Fukuyama. Je pensais savoir ce qui m’attendait, mais je vais de surprises en surprises. Elles sont parfois très bonnes, et, malheureusement, parfois moins bonnes.
Emménager dans un nouveau pays, découvrir une nouvelle culture, rencontrée de nouvelles personnes, vivre de nouveaux moments envoûtant ou déroutant, tout cela je l’ai déjà fait une fois, j’y ai pris goût et c’est l’expérience de cette fois qui m’a permis de (re)partir, de mettre toute ma vie française entre parenthèses pour aller voir comment c’est de l’autre côté du globe. Je l’ai choisi.
Mais me retrouver à plus de sept milles kilomètres de vous est moins facile que de partir encadrée par le programme Erasmus avec la sensation de n’avoir qu’à « prendre l’avion » – et tant pis pour la centaine d’euros que me coûte le billet – pour être de nouveau entourée et rassurée.

Ici, je suis analphabète.
La frustration des deux dernières années revient : me consacrée à des études abrutissantes de banalité qui m’ont occupées et dressées l’esprit, m’empêchant de me concentrer sur mon projet professionnel personnel.
Deux ans à étudier le japonais pour tout perdre dans la dernière ligne droite, pour se retrouver comme une bleue devant les étages de l’ascenseur sans savoir où aller, pour bafouiller comme une débutante devant l’employé des services de la mairie, alors que par écrit, tranquillement, je sais dire. Et avoir l’anglais qui s’impose dans ma tête…

Ici, je suis étrangère.

Ici, je suis l’étrangère.

Mais ça n’est pas forcément pour me déplaire. J’aime être assez différente pour susciter l’envie de m’observer du coin de l’œil, l’appréhension de me parler et le désir de me connaître.
J’ai remarqué que les Japonais ont les mêmes mimiques avant d’aborder les gens, que les autres nationalités que j’ai l’habitude de côtoyer. Pour exemple, dimanche après-midi à la bibliothèque, ce vieil homme assis sur une banquette non loin de la table où je travaillais mon japonais : les raclements de gorge, les soupirs, les bruits de magazines laissés tomber « négligemment » pour que je relève la tête, les allers-retours près de ma table, pour finalement se pencher sur mon cahier et me dire doucement (en anglais) « vous étudiez les kanjis ? ».
Ma présence provoque une envie de partage, mais ça c’est parce qu’ils pensent en grande majorité que je suis Américaine (oui oui ^^ ).

フラス人です (furansu jin desu – je suis Française), et là c’est le drame !
La simple énonciation de cette petite phrase peut déclencher des écarquillements de yeux impressionnants, des bruits d’admiration inimaginables et des mouvements de foule. Le plus souvent j’ai le droit à un « tu es la première Française que je rencontre ! » très excité, et ça me fait sourire. La réaction la plus improbable a été celle d’un Portugais (yeah un Européen!) à la soirée Halloween qui m’a littéralement enlacé lorsqu’il a appris ma nationalité. Il connaissait rapidement le français de ces années lycée mais s’est perfectionné au Japon, en suivant sa femme japonaise qu’il avait rencontré au Portugal. Ne parlant pas trop le Japonais mais travaillant dans une entreprise nationale où toutes les consignes étaient données en japonais, il s’était lié d’amitié avec un employé qui ne parlait pas anglais mais français, et qu’il l’aidait. Crazy !

J’ai rencontré énormément d’Américains ici, ils sont partout ! Pas étonnant que tout le monde pense que je suis aussi du pays d’Obama et du MacDo. Pour le moment je rentre sur la pointe des pieds dans le monde que Ruairi s’est construit ici. Ils sont tous très sympa, j’ai bien accroché avec certains et je commence à me relaxer ; mais je veux avoir mes propres contacts, connaissances qui deviendront peut-être mes amis.

J’ai une fierté à toutes épreuves. Je ne m’en vante pas, courber un peu l’échine et accepter l’aide extérieure sans me sentir coupable aurait pu (peut?) m’éviter bien des tracas inutiles ; mais voilà j’aime faire par moi-même, j’aime y arriver à la seule force de mes moyens, j’aime le mérite.
La semaine dernière, Ruairi m’a aidé à faire ma carte « de séjour », enfin les japonais appellent ça Alien card ou 外人 (gaijin – étranger) card, ça vous donne une idée. J’ai détesté mon impuissance à ne pouvoir répondre aux questions de l’employé de mairie : comprendre sans pouvoir s’exprimer, quelle frustration. Bon le plus drôle a quand même était de regarder rougir Ruairi lorsque l’employé lui a demandé des explications sur le pourquoi j’avais la même adresse que lui, vu qu’au Japon, le concept de petite amie est proche de notre concept de « j’ai vu une fille de loin qui me plait bien ». D’un point de vu japonais, nous devrions être mariés… ha ha ha.
Bref.
Trouver un travail dans l’urbanisme va se révéler du domaine de l’exploit au vu de mon niveau de japonais et d’expérience. Mais j’ai de moins en moins envie de chercher loin, de (re)déménager, de (re)commencer à créer un réseau dans une nouvelle ville, … J’ai envie de me poser un peu, de souffler et d’être bien, épanouie dans ce que je fais.
On verra…

Demain est jour férié au Japon : fête de la culture !
Dans le doute, j’aimerais bien allée visiter le musée d’Histoire, celui d’art et le château qui surplombe la ville, c’est peut-être gratuit (les joies d’avoir un compte en banque qui ne s’approvisionne pas tout seul ^^). Je suis toujours à la recherche désespérée du musée national de la Chaussure, mais l’office du tourisme n’en a pas connaissance, et le guide touristique Rough Guide laissé par l’ancienne locataire de notre appart ne le mentionne qu’en tout petit… Bravo Lonely Planet !

Ce weekend nous partons pour Hiroshima (d’ailleurs j’ai pour mission de trouver un petit hôtel sympa, j’ai bien envie d’essayer les chambres traditionnelles, en espérant que le prix ne soit pas trop élevé).

Ici il fait beau et chaud (le temps joue au yoyo), je suis en petite robe, et me prélasse dans les parcs ou sur ma méridienne, dévorant des livres, avec StereoMood en fond sonore. Ça sent bon les vacances et le repos bien mérité. Je recharge mes batteries avant d’embrayer.

J’espère que tout se passe bien pour vous,
Je vous embrasse,
Huit Heures en Hiver 😉

Ps : Le Japon kiffe la France et le français, j’ai ajouté un nouvel album avec quelques perles, more to come !

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À propos de Sept Heures en Eté


4 responses to “France représente !

  • Marionounette

    c’est bien de te lire ! Malgré les difficultés et les frustrations, profite de ces flottement et de l’inconnu qui se déroule… Et puis on te connait obstinée !
    Sinon, avec tout ce fluo, on peut faire une dégueuli-party visuelle ? non ?
    (je sais, c’est mesquin puisque les photos de Fukuyama que tu as posté ont l’air si apaisantes ! Mais bon, mauvaise foi bourguignonne de base, j’essaie de m’adapter !
    Prends soin de toi !

    • Sept Heures en Eté

      =D
      La dégueuli-party, crois moi, y’a de quoi faire rien que dans la supérette à côté de chez moi, lolilol !
      Du coup, je pense beaucoup à vous (oui oui c’est flatteur), pour la bouffe et pour tous les trucs kitchounets que je vois (et trust me, y’en a un paquet au Japon ^^).
      Je t’embrasse fort ma Copinette, take care x

  • n'amélie

    « et là, c’est le drame »
    uhuhuh.
    enjoy, la belle, j’ai hâte de la suite !

  • Maud

    Mon dieu qu’il est bon de te lire !
    Je sais les montagnes russes d’émotions qui transperce ta chair, mais c’est ce qui fait que l’on est en vie non ? Profite bien de cette chance et continue de nous faire rêver par procuration écrite. Je t’embrasse bien fort.

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